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Daria Fadeeva : Fantaisies pour claviers Voici quelques extraits de mon disque enregistré cette année dans la collection "Jeunes solistes du CNSMDP-Fondation MEYER" Prise de son: Jean-Marc LYZWA. Vous pouvez me contacter pour avoir les enregistrements complets. Vous trouverez ci-dessous la notice du CD. |
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1. L. van Beethoven (1770-1827) : Fantaisie op. 77 (1809)
2. C. P. E. Bach (1714-1788) : Fantaisie en do majeur, Wq. 61 (1787)
3. W. F. Bach (1710-1784) : Fantaisie en mi mineur, F.21 (non daté)
4. Mozart (1756-1791) : Fantaisie en ré mineur, KV. 397 (1782)
5-8. F. Schubert (1797-1828) : Wanderer-Fantasie, D.760 (1822)
9. F. Chopin (1810-1849) : Fantaisie en fa mineur, op.49 (1841)
10. A. Scriabine (1872-1915) : Fantaisie en si mineur, op.28 (1900)
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Note sur le choix des instruments : En 2006, la collection des pianoforte du Conservatoire de Paris s’est enrichie de trois nouveaux instruments : un pianoforte de Mc Nulty, copie de Walter de 1792, un pianoforte de Clarke d’après Graf de 1826 et un pianoforte Pleyel de 1844. Il m’a paru utile qu’un enregistrement réunissant tous les pianoforte du conservatoire puisse être réalisé pour mettre en valeur cette collection. Le présent enregistrement rassemble des fantaisies pour clavier composées entre 1770 et 1900. Ce genre qui puise son origine dans l’improvisation est propice à transcender les ressources expressives de l’instrument. Dans ces œuvres de grande charge émotive, les compositeurs s’autorisent tous les débordements, toutes les transgressions, toutes les libertés vis-à-vis des contraintes formelles. Suivre l’évolution de l’écriture pour pianoforte à travers un genre qui prône comme seule règle la liberté permet de toucher non seulement au plus profond de la personnalité du compositeur, mais aussi à l’universalité du langage musical. Daria Fadeeva Notice du CD: Au XVIIe siècle et au début du XVIIIe, les pièces pour clavier de style libre sont désignées par différents termes : praeludium, toccata, fantasia… Ce n’est que vers 1750 qu’elles sont regroupées sous l’unique vocable de fantaisie qui devient un genre musical à part entière et n’est plus couplée, comme par le passé, avec une pièce contrapuntique. Exploitant de manière plus complète les ressources de l’instrument, ce genre incarne un changement esthétique qui s’opère au milieu du XVIIIe siècle en Allemagne du Nord. L’attrait pour l’expression de la sensibilité et des affects, l’Empfindsamkeit, entraîne une tendance des compositeurs à écrire des pièces pour clavier seul, considéré comme pouvant répondre aisément à cette recherche. Les mouvements de l’âme trouvent en effet dans l’improvisation au clavier un terrain propice à leur traduction. En notant leurs propres improvisations, à l’origine pour servir d’exemple à leurs élèves, les compositeurs concourent à l’émergence de la fantaisie. Si Johann Sebastian Bach peut être considéré comme l’un des précurseurs du genre avec sa Fantaisie chromatique BWV 903, c’est son fils Carl Philipp Emanuel qui lui donne au XVIIIe siècle ses lettres de noblesse et le théorise en 1762 dans le dernier chapitre du second volume de son célèbre Essai sur la vraie manière de jouer des instruments à clavier dont l’influence sur les générations suivantes se révèle considérable. Expression de la plus haute forme de l’improvisation selon C. P. E. Bach, la fantaisie se définit comme une pièce virtuose caractérisée par une discontinuité du discours musical, donnant ainsi l’illusion d’une création spontanée. Proche de l’esprit du prélude non mesuré, elle contient par conséquent des gestes propres à l’improvisation, comme le récitatif ou les grands arpèges, et cultive une certaine hardiesse harmonique à l’intérieur d’un parcours tonal souvent très changeant, des effets de surprises ainsi que de fréquents contrastes de dynamiques et de tempos. Le XIXe siècle s’éprend à son tour de la fantaisie considérée comme un moyen de se détacher des contraintes formelles héritées du classicisme. Cependant, cette prise de distance ne signifie pas une négation totale de la forme, certains schémas de la sonate par exemple pouvant se retrouver en filigrane dans les fantaisies de Schubert ou Chopin. Au siècle romantique, le terme de fantaisie devient quelque peu arbitraire puisqu’il peut désigner des variations libres tout comme une sonate de forme irrégulière. Composée par Beethoven en 1809 en même temps que la Sonate op. 78, la Fantaisie en sol mineur op. 77 est dédiée, comme l’« Appassionata », au comte Franz von Brunsvick. Elle est publiée à Londres l’année suivante par Clementi qui l’avait commandée, puis à Leipzig par Breitkopf & Härtel. Cette œuvre s’inscrit dans la filiation directe des fantaisies de C. P. E. Bach comme l’affirme l’Allgemeine musikalische Zeitung de Leipzig lors de l’annonce, le 7 août 1811, de la parution de l’opus 77. Déjà, dans une lettre du 26 juillet 1809, Beethoven avait demandé à Breitkopf de lui faire parvenir les œuvres pour clavier de son aîné, qu’il estimait indispensable « à tout véritable artiste tant pour se faire plaisir que pour s’instruire ». À son intérêt pour une écriture s’inspirant de l’improvisation s’ajoute la volonté de partir de sources anciennes, tirées notamment de Johann Sebastian et C. P. E. Bach dont il connaît le traité pour l’avoir utilisé au cours de ses études, pour leur apporter un regard nouveau. L’ouverture de la Fantaisie en si mineur évoque l’improvisateur préludant à l’instrument dans le but de rassembler des idées musicales dictées par l’inspiration et destinées à donner naissance à l’œuvre à venir. Les différentes séquences qui se succèdent font apparaître une large variété de motifs – gamme mineure descendante, arpèges modulants, quintolets de triples croches, octaves brisées… –, des changements incessants de tempos, de caractères et de textures ainsi que de surprenantes modulations qui, avec les traits non mesurés, ne sont pas sans rappeler C. P. E. Bach. Cette recherche aboutit au thème dolce en si majeur développé en huit variations. Selon le témoignage de Czerny en 1842, cette œuvre représente une fidèle transcription de la manière dont Beethoven improvisait à l’instrument. Dans l’évolution de la fantaisie vers un genre autonome, Carl Philipp Emanuel Bach fait figure de pionnier. Compositeur de premier plan en Allemagne du Nord et ardent représentant de l’Empfindsamkeit, il est un des premiers à renouveler l’écriture pour clavier. Le pianoforte qui supplante progressivement le clavecin dans la seconde moitié du XVIIIe siècle permet de nouveaux effets dynamiques, favorables aux contrastes de la fantaisie, ainsi qu’une plus grande vocalité des lignes mélodiques comme en témoigne la conclusion de son Autobiographie de 1773 : « Mon effort principal, en particulier dans les dernières années, a consisté à jouer et à composer pour clavier d’une manière aussi chantante que possible, malgré la difficulté de l’instrument à prolonger les notes. » Composées à l’origine pour clavicorde, les fantaisies de C. P. E. Bach comptent parmi les œuvres les plus caractéristiques de son style et ont servi de modèles à tous ses contemporains. Dans une lettre du 15 octobre 1782, le compositeur lui-même avoue à Breitkopf que la publication de ses fantaisies vise à laisser à la postérité un reflet de son art de l’improvisation que les témoignages de Burney, Reichardt ou Nicolaï célèbrent dès 1770 dans toute l’Europe. Dédiée à Maria-Theresia, comtesse von Leiningen-Westerburg, la Fantaisie en ut majeur Wq. 61/6 appartient au sixième et dernier recueil de Sonates, rondos et fantaisies pour connaisseurs et amateurs. Composée en 1786 et éditée l’année suivante à Leipzig avec les cinq autres pièces du volume – deux sonates, deux rondos et une autre fantaisie –, elle compte parmi les dernières œuvres écrites pour clavier de C. P. E. Bach. Dans celles-ci s’opère un certain rapprochement entre les genres de la sonate, du rondo et de la fantaisie et les caractéristiques propres à chacun d’entre eux deviennent moins nettes. Ainsi, la Fantaisie en ut majeur s’appuie sur un seul thème en notes répétées, qui réapparaît périodiquement, tel un refrain de rondo, dans une présentation chaque fois renouvelée, jouant sur les différences de registres et de modulations. Structurée en cinq volets, cette œuvre est construite sur une opposition de caractère entre les sections impaires et paires. À l’humour du motif initial, proche de l’esprit de Haydn qui considérait C. P. E. Bach comme son père spirituel, répondent le calme et le lyrisme des deuxième et quatrième parties. Cette alternance rapide et sans transition représente l’un des principes de base du style sensible car elle permet de surprendre l’oreille et s’inscrit dans une recherche de théâtralité, d’un art de la représentation, si importants dans la société du XVIIIe siècle. Des dix fantaisies pour clavier de Wilhelm Friedemann Bach, celle en mi mineur Fk. 21 est la plus vaste. En l’absence de toute indication de date et du manuscrit autographe disparu, l’œuvre peut probablement avoir été écrite vers 1770-1775 à Brunsvick ou Berlin. Elle offre ce mélange d’éléments à la fois conservateurs et modernes, caractéristique du style de son auteur. Cette ambivalence résulte de l’opposition entre une influence paternelle très forte, notamment en matière de contrepoint, et l’attirance pour l’Empfindsamkeit célébrant la sensibilité et l’expression. Dans la Fantaisie en mi mineur, l’héritage du passé se perçoit dans le furioso d’ouverture et les rythmes pointés, tandis que l’esthétique moderne se retrouve dans l’emploi du récitatif. Si ce dernier témoigne à l’évidence de l’influence de la musique dramatique sur le répertoire pour clavier, il est cependant traité ici dans un caractère lamento qui le rapproche davantage de l’expression des sentiments que d’une mise en scène musicale. Proche de l’esprit de la toccata, l’œuvre alterne des épisodes contrastés en nuances et en tempos. La Fantaisie en ré mineur K. 397 constitue une belle illustration de l’improvisation mozartienne. À l’image des fantaisies de C.P.E. Bach que Mozart admirait profondément, elle contient des passages en récitatif. La découpe des sections est, en revanche, plus nette que chez son aîné. Après une introduction improvisée, l’œuvre s’appuie sur un thème cyclique adagio en ré mineur exprimant douleur et angoisse auquel s’oppose la sérénité du thème allegretto dans la tonalité homonyme. Bien que composée en 1782, l’œuvre n’est publiée qu’en 1804 dans une version inachevée. Dix mesures supplémentaires en guise de conclusion sont ajoutées en 1806 probablement par August Eberhard Müller, chargé à l’époque de l’édition de la fantaisie chez Breitkopf & Härtel. Commande du riche aristocrate viennois Emmanuel von Liebenberg, pianiste amateur et élève de Hummel, qui souhaitait une œuvre lui permettant d’afficher ses talents de virtuose du piano, la Wanderer-Fantasie en ut majeur D. 760 compte parmi les chefs-d’œuvre de la production pianistique de Schubert. Page d’un seul tenant, elle se compose de quatre mouvements apparentés à ceux d’une sonate, étroitement liés thématiquement et devant être interprétés sans interruption. L’unité de l’œuvre est assurée par un rythme de dactyle – une longue, deux brèves –, cher à Schubert, qui tient lieu de thème cyclique et qui constitue l’incipit du lied Der Wanderer D. 493 écrit en 1816 par Schubert sur un poème de Schmidt von Lübeck. De cette œuvre, le compositeur retient le fragment mélodique correspondant aux paroles : « Die Sonne dünkt mir hier so kalt, die Blüte welk, das Leben alt, und was sie reden, leerer Schall ; ich bin ein Fremdling überall. » (Le soleil me semble ici si froid, la fleur flétrie, la vie vieille, et ce qu’ils racontent bruit vide et creux ; je suis un étranger partout.) et l’utilise, dans une version quelque peu élargie, comme thème du mouvement lent de sa Fantasie, duquel naissent cinq variations. Après le troisième volet s’apparentant à un scherzo, le finale Allegro reprend le thème initial dans une écriture fuguée. Achevée en novembre 1822, elle est publiée l’année suivante, mais pas sous son titre actuel qui n’apparaît que vers la fin du XIXe siècle. En 1851, Liszt qui a beaucoup joué l’œuvre en réalise un arrangement concertant pour piano et orchestre ainsi qu’une version pour piano seul moins difficile que l’original. La nouveauté de la forme qui fascine le compositeur hongrois exerce sur ce dernier une double influence. D’une part, la Fantasie constitue sans nul doute le modèle de sa Sonate en si mineur en trois mouvements enchaînés. D’autre part, l’utilisation d’un thème cyclique assurant l’unité d’une œuvre est reprise par Liszt comme principe formel du genre du poème symphonique. C’est en octobre 1841 que Chopin achève sa Fantaisie en fa mineur op. 49. Dédiée à la princesse Catherine de Souzzo, élève du compositeur, elle est publiée chez Schlesinger à Paris la même année et c’est cette édition qui a été utilisée dans le présent enregistrement. Cette fantaisie, la plus ample des œuvres en un mouvement de Chopin, organise sa progression autour de quatre idées – un rythme de marche, une courte section rappelant l’écriture arpégée d’un prélude, un développement des motifs thématiques et un choral en si majeur – et conserve dans son agencement des rapports avec la forme sonate. Composée en 1900 à Moscou par Scriabine, la Fantaisie en si mineur op. 28 n’est créée que sept ans plus tard. De vaste proportion et traversée par un foisonnement d’idées thématiques, l’œuvre s’inscrit dans la filiation romantique par sa virtuosité instrumentale et ses couleurs harmoniques. Sa richesse polyphonique confère au piano une dimension orchestrale. Xavier Mital Titulaire des diplômes de formation supérieure de piano, musique de chambre et culture musicale, mention très bien, du Conservatoire de Paris, Xavier Mital suit actuellement la classe d’histoire de la musique de Rémy Campos. |
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